samedi 9 juin 2018

Jurassic World Fallen Kingdom: Notre critique.


Si il y a bien une chose importante à retenir avec Jurassic World Fallen Kingdom, c'est que la saga vient de prendre un tournant radical. Il ne s'agit plus d'une série d'aventures sur des îles isolées au large du Costa Rica. Désormais, les dinosaures sont au pas de la porte.

Jurassic World Fallen Kingdom tranche radicalement avec son prédécesseur Jurassic World qui laissait une part importante à l'aventure, l'émerveillement et la magie d'un parc enfin opérationnel. Dans le film de Juan Antonio Bayona, la noirceur, la mélancolie et la nostalgie relaient les dinosaures autrefois puissants à l'état d'animaux menacés de disparition, malmenés et même maltraités par la cupidité des hommes. Ici, la condition de vie animale et le droit à la vie d'une espèce dé-éteinte prend une toute autre mesure. Doit-on sauver ces animaux que nous avons ramené à la vie dans un but purement lucratif et ainsi rattraper les erreurs du passé ou devons nous les laisser mourir afin de nous préserver  d'une nouvelle catastrophe ?

Le film se présente en deux grands actes, le sauvetage des dinosaures sur Nublar et la vente aux enchères au sein du manoir Lockwood. Il démarre sur une scène d'introduction intense, probablement une des meilleures de la saga. De la pluie, une tempête, des jeux de lumières maîtrisés ne dévoilant le danger qu'en de furtives apparitions, du grand art ! Le tout se finissant par l'apparition du logo, une première dans la saga.

L'acte Nublar démarre donc assez lentement et permet d'introduire les nouveaux personnages tels que Zia, Franklin, Benjamin Lockwood ou Eli Mills tout en permettant de retrouver les anciens, notamment Claire, Owen et un Ian Malcolm en forme. Le rythme s'accélère une fois cette introduction passée. Une fois sur Nublar donc, l'action et les scènes s'enchaînent de façon effrénées, c'est très rapide, même un peu trop mais peut-être que cela a été fait exprès pour souligner l'urgence de la situation alors que les derniers dinosaures de la planète survivent dans l'ombre menaçante du nuage de cendres du Mont Sibo, véritable compte à rebours mortel de cet acte qui se conclut dans un déluge de feu et avec une scène véritablement déchirante, un moment poignant et tragique symbolisant la fin d'une ère et d'un fin rêve de gosse, la fin d'Isla Nublar.

Le passage à bord de l'Arcadia apporte une pause et nous offre une petite scène d'action sympatoche avant l'acte final au manoir Lockwood qui tranche radicalement avec les événements d'Isla Nublar. Toute cette partie finale, de la vente aux enchères jusqu'à l'évasion de l'indoraptor dégagent une ambiance gothique et malsaine. C'est sombre, c'est beau mais la frayeur promise est un peu moindre par rapport à ce qui avait été annoncé mais laisse plus place à de forts moments de tensions, la faute peut-être aux bandes-annonces excessives. Cependant, tout cet acte avec l'indoraptor déambulant dans les couloirs obscurs du manoir est assez oppressant, un jeu macabre du chat et de la souris qu'on n'avait pas ressenti depuis Jurassic Park. Le final quant à lui ouvre de nombreuses voies pour Jurassic World 3 (Jurassic Park 6) dont un aperçu a été teasé via un nouveau site internet et un nouveau compte Twitter dévoilés par Colin Trevorrow.

Le traitement des personnages a été amélioré depuis Jurassic World. En particulier Claire (Bryce Dallas Howard) dont la transformation liée à sa quête de rédemption s'avère touchante. L'ancienne directrice d'exploitation du parc semble être seule contre tous, contre ce monde qui rejette toutes responsabilités en tournant le dos au sort des occupants de Nublar. Owen (Chris Pratt) a également changé sur certains aspects. Plus en retrait, limite blasé, son humour est moins prononcé. Le travail sur sa relation avec Blue et ses débuts avec la raptor squad nous apporte plus de crédits concernant le projet IBRIS. Zia et Franklin (Daniella Pineda et Justice Smith), les nouveaux acolytes de Claire forment un bon duo même si la paléo-vétérinaire sort clairement du lot. Dans Jurassic World, j'avais beaucoup apprécié le traitement du personnage de Grey mais avec Jurassic World Fallen Kingdom, Bayona et Trevorrow nous présente un enfant qui n'est pas juste là pour vivre une aventure avec des dinosaures, Maisie (Isabella Sermon) fait partie de l'intrigue plus qu'on ne le croit. La petite fille apporte une autre dimension à la saga de part ses origines qui s'ancrent parfaitement dans les possibilités liées au contexte de la franchise. La révélation aurait cependant dû être mieux amenée car elle tombe un peu comme un cheveux sur la soupe. Jurassic World Fallen Kingdom amène également sur le devant de la scène le personnage de Benjamin Lockwood (James Cromwell) ancien partenaire et ami de John Hammond, vieux philantrope attachant qui à l'instar de Claire met tout en œuvre pour rattraper les fautes d'Hammond et Masrani. On notera aussi les brèves apparitions de la gouvernante Iris (Géraldine Chaplin) en femme dure mais aimante.

Au niveau des antagonistes, Fallen Kingdom dispose d'un panel de méchants allant des trafiquants d'animaux peu respectueux menés par Ken Wheatley (Ted Levine) en passant par l'irritable Gunnar Eversol (Toby Jones), Henry Wu (B.D Wong) et bien sûr Eli Mills (Rafe Spall). Il est intéressant de noter que la vision d'Henry Wu semble avoir quelque peu changé. Limite mégalo dans Jurassic World, il est ici le seul antagoniste à être conscient de la menace que représente son prototype. Mais il a aussi et sûrement peur de perdre le monopole des travaux qui faisaient sa fierté par le passé. Concernant Ken Wheatley, le personnage renoue avec les chasseurs de la saga qui avaient chacun une fixation ou un défi en lien avec les dinosaures, Muldoon et les vélociraptors, Tembo avec le mâle rex. Ici, Wheatley est un collectionneur qui récupère un trophée sur chacune de ses prises afin de se fabriquer un collier avec des dents de dinosaures. Alors effectivement, l'enjeu est moins "glorieux" que ceux de ses prédécesseurs, mais ce but le conduit irrémédiablement à un destin tragique, destin dont seul Tembo y avait survécu mais perdant son meilleur ami en retour. Eli Mills est quant à lui le pourri de l'intrigue. Il est fourbe, manipulateur, totalement avide et il accompli quelque chose que nous n'avions jamais vu dans la saga. Malgré un comportement quelques fois cliché, Eli Mills est un méchant qui n'a rien a envier à Peter Ludlow.

Un autre personnage fait son retour dans la franchise, un ancien que beaucoup attendait, Ian Malcolm (Jeff Goldblum). Le mathématicien apparaît dès le début de Fallen Kingdom. Il est le conteur du contexte du film et est donc celui qui conclut également ce dernier. Tous ses propos nous renvoient aux mises en garde qu'il avait donné dans Jurassic Park mais ici, Malcolm y ajoute les craintes liées au monde d'aujourd'hui. La puissance génétique est désormais hors de contrôle et le chaoticien nous fait clairement comprendre que cela pourrait conduire à notre extinction.

Attardons nous désormais sur les dinosaures et reptiles préhistoriques de Fallen Kingdom. Le panel des espèces est impressionnant, allosaure, parasaurolophus, apatosaure, brachiosaure, stégosaure, mosasaure etc. tous les anciens sont là exception faite du pachycéphalosaure remplacé par le stygimoloch, du dimorphodon et du dilophosaure dont la présence est sous-entendue dans la scène d'ouverture avant d'être vu sous forme de statue dans un diorama du manoir. Les "petits" nouveaux ont chacun leur scène, certaines offrant une bonne dose d'action (cf. sinocératops, carnotaurus, baryonyx et stygimoloch), d'autres nous interrogeant sur leur avenir (allosaurus). Les effets spéciaux sont vraiment très bons et le retour des animatroniques en plus grand nombre par rapport à Jurassic World apporte à nouveau cette touche de réalisme qui faisait la marque de fabrique de Jurassic Park. Mention spéciale pour le T. rex qui après son combat monumental dans Jurassic World retrouve ici toutes ses lettres de noblesse. Mention spéciale également et toute particulière pour Blue, fil rouge de l'intrigue. Le dernier vélociraptor sur Terre a évolué, on ressent de l'empathie pour son destin, sa relation avec Owen a franchi un cap mais la femelle raptor s'affranchit de son côté toutou que certains lui reprochait dans Jurassic World. Ici, elle n'agit pas sur commande mais via ses propres choix et comprend ainsi sa nouvelle condition, celle d'un animal libre dans un vaste monde nouveau et inconnu.

Jurassic World Fallen Kingdom poursuit la voie empruntée par Jurassic World avec l'indominus. Ici le nouvel hybride se nomme indoraptor et c'est une extraordinaire combinaison d'éléments qui font de lui une vraie saloperie. Encore à l'état de prototype, la bête est pétée de tocs: tremblements de la mâchoire, mouvements de tête saccadés, spasmes de la griffe antérieure et sifflements étranges. Il est extrêmement intelligent, mortel et limite sadique. L'indoraptor est le résultat de l'hybridation entre les gènes de l'Indominus rex mélangé à une plus grande part du génome de vélociraptor. Sa création est aussi due aux résultat des recherches d'Owen via le projet IBRIS. Car oui, la bestiole répond à des commandes sonores en lien avec un dispositif laser, un peu comme les missiles auto-guidés. Toujours est-il que les explications et les actions concernant l'indoraptor fonctionnent bien dans le film et alors qu'on ne souhaitait que la mort de l'indominus on aurait presque de l'empathie pour l'indoraptor au même titre que les dinosaures qui sont ici les véritables victimes prisent dans les tumultes du monde moderne. Le traitement autour de ces derniers est difficile. Les hommes n'ont majoritairement plus peur d'eux, ils ne les respectent plus et les traitent avec autant de mépris que nos espèces contemporaines (Maltraitance, trafic, expériences), un sombre miroir sur ce que nous faisons endurer au monde animal.

Les liens avec les autres épisodes de la saga sont bien présents dans Fallen Kingdom. Outre la brève mention de Sorna ou la citation du discours de John Hammond dans The Lost World, la présence du vieux milliardaire plane tout le long du film que ce soit de part son amitié avec Lockwood, via un portrait, une maquette de Jurassic Park ou la pronociation directe de son prénom. (Il est à noter que John Parker Hammond est nommé John Alfred Hammond par Eli Mills ce qui peut être un peu déstabilisant pour certains mais il faut savoir que John Alfred Hammond est le véritable nom complet du vieux milliardaire dans le roman de Michael Crichton).

En conclusion, malgré un scénario qui laisse peu de place à la surprise, Jurassic World Fallen Kingdom est une double suite très intéressante, l'une directe à Jurassic World et l'autre à Jurassic Park en allant chercher des éléments du premier film afin de les lier aux nouvelles intrigues qui se préparent pour Jurassic World 3. Elle soulève bon nombre de questions notamment sur les conditions de vie animale, le traitement que nous inffligeons aux espèces, qu'elles soient en voie de disparition ou non et les conséquences d'une science dangereuse et non contrôlée. On se laisse emmener par l'histoire et la direction voulue par Colin Trevorrow. Juan Antonio Bayona apporte une nouvelle dimension à la franchise en sublimant les moments forts de son film par une mise en scène et une photographie soignée le tout accompagné par les thèmes de Jurassic Park et Jurassic World se mêlant à de nouveaux thèmes alliant mélancolie et nostalgie teintés de notes tribales orchestrés par Michael Giacchino, déjà aux commandes de la bande originale de Jurassic World. Les personnages de Claire et Owen gagnent en profondeur et la petite Maisie est clairement l'un des meilleurs protagonistes de ce film. Les pistes explorées dans Jurassic World sont poussées dans Fallen Kingdom avec l'indoraptor, véritable arme biologique détraquée. La première partie du film est une pure aventure Jurassic Park et, bien que trop rapide dûe à l'urgence de la situation qu'est l'éruption imminente du Mont Sibo, nous permet quand même de faire nos adieux à Isla Nublar grâce à une conclusion fortement émotionnelle. Le second acte au manoir Lockwood, plus sombre, plus violent, apporte un nouvel aspect à la saga et ouvre la voie vers de nombreuses possibilités, posant les bases d'un nouveau code pour cette seconde trilogie. La magie est cependant moins présente, les dinosaures sont désacralisés mais pas en mal. À force de les côtoyer depuis toutes ces années, ils redeviennent des animaux au même titre que nos espèces actuelles avec leurs faiblesses et les dangers qui les menacent. Malgré leurs tailles imposantes et ce qu'ils représentent pour notre monde, ils sont ici traités de la même manière qu'un tigre en voie de disparition qui vaudrait des millions sur le marché noir du trafic animalier. Nous ne sommes plus sur une île désormais, la cohabitation Homme/Dinosaure ne sera clairement pas pacifique et la catastrophe écologique à venir déterminera l'avenir de la planète.

Alors oui on a aimé. Malgré quelques scènes un peu trop cocasses (cf. Owen et la lave) et une scène post-crédit inutile, on a aimé ce changement de ton radical avec Jurassic World, ce retour aux origines de Jurassic Park, cette noirceur différente de The Lost World. Juan Antonio Bayona nous offre des plans aussi beaux que des tableaux mais nous fait surtout comprendre, à travers le destin des dinosaures, que la nature et les créatures qui la peuplent sont fragiles et qu'ils mériteraient plus de respect sans quoi la cupidité avide qui anime le monde d'aujourd'hui ne fera que nous conduire au désastre, quitte à nous sortir définitivement de l'équation.

Jurassic World Fallen Kindgom : 9/10

Le classement du Dinosaur Man :

1- Jurassic Park
2- Jurassic World Fallen Kingdom
3- Jurassic World
4- The Lost World Jurassic Park
5- Jurassic Park 3

Le classement du Micromaniac :

1- Jurassic Park
2- The Lost World
3- Jurassic World Fallen Kingdom
4- Jurassic World
5- Jurassic Park 3

Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.